« Le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, les femmes se rendirent au tombeau, portant les aromates qu’elles avaient préparés pour embaumer le mort. » Le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, mais, nous y sommes en ce moment-même. La nuit pâlit ; le jour va se lever.
Avec les femmes qui arrivent au tombeau, écoutons résonner l’appel :
« Veilleur, où en est la nuit ? Veilleur, où en est la nuit ? » Nous allons sortir de cette nuit, l’immense nuit des origines où s’éclôt la création voulue par Dieu, trait de lumière et de vie. Voici la nuit, nuit de la foi que traverse Abraham qui va jusqu’à sacrifier son fils à un Dieu qu’il connaît encore bien mal et qui arrêtera son geste fatidique. Voici la nuit, nuit de l’Exode, nuit de la peur, de la fuite, où le peuple découvre avec émerveillement que Dieu le sauve. Oui, cheval et cavalier,
il les jette à la mer.
Voici la nuit, l’heureuse nuit de Palestine, où les anges se sont donné rendez-vous pour annoncer dans la joie la naissance du Sauveur. Nuit de Noël et nuit de Pâques.
Mais c’est la nuit que Joseph est averti en songe de fuir pour sauver le Sauveur du monde.
Voici la nuit. L’étrange nuit sur la colline du Golgotha, cette nuit qui tombe en plein jour, nuit du deuil, nuit de la mort du Christ qui, depuis la veille est entré en agonie alors que la nuit a envahi le cœur de Judas.
Mais la nuit de la mort et du désespoir des apôtres ne sera pas la plus forte : voici la nuit, la sainte Nuit qui s’illumine de la petite lumière du cierge pascal, lumière qui se propage, qui gagne de proche en proche, lumière de Pâques, lumière du Christ ressuscité qui nous appelle à le suivre en entraînant avec nous le monde entier : tous ceux qui sont encore dans la nuit de la peine, de la souffrance, de la guerre, du doute. Voici la nuit d’où surgissent les baptisés de Pâques : plongés dans la mort et la résurrection du Christ, ils laissent jaillir en eux la source du baptême. Et cette eau vive sans cesse vivifiée par l’Esprit Saint, va féconder les terres desséchées.
Oui Seigneur, sur la terre désolée, terre d’exil, sans printemps, sans
amandier, fais paraître ton Jour et l’éclat de ta gloire, fais paraître ton Jour,
et nous serons sauvés. Amen.
Seigneur
Prologue de la Règle de Saint Benoît


