Histoire

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La Règle de Saint Benoît, le Prologue

Fondée en 1098 par Robert de Molesmes, l’Abbaye de Cîteaux, berceau de l’Ordre Cistercien, se situe dans la plaine de Saône, au cœur de la Bourgogne. Marquée par une grande pauvreté à ses débuts, la communauté prit son essor grâce à l’arrivée de Saint Bernard et de ses compagnons au printemps 1113.

Deux ans plus tard, Bernard, à la tête de 12 moines fut envoyé fonder Clairvaux. Durant 30 ans, l’abbé verra sa communauté s’accroître de près de 500 frères. Par ses écrits et son rayonnement, Saint Bernard sera à l’origine d’une véritable école de spiritualité dont nous nous nourrissons toujours. À la fin du XIIe siècle, l’Ordre comptait plus de 500 monastères.

Après un siècle d’interruption du fait de la Révolution, la vie monastique reprit en 1898 à Cîteaux. Aujourd’hui, une communauté de 19 frères (dont 4 sont partis “fonder” en Norvège en 2009) s’adonnent à la prière et au travail en vivant sous la Règle de Saint Benoît pour apprendre l’art d’aimer.

Fondation et expansion

XIe-XIIIes.


Au XIe siècle, un grand désir de renouveau traverse l’Église qui donne naissance au vaste mouvement des pauperes Christi. Beaucoup de femmes et d’hommes veulent mener une vie simple, fidèle à l’Evangile. Dans la vie monastique, cet idéal se manifeste par un désir de retrouver la rectitude de la règle. En 1098, un groupe de moines de l’abbaye de Molesme, en Bourgogne, animés par cet idéal et sous la conduite de leur Abbé Robert arrive en un lieu retiré, la forêt de Cîteaux. Le récit de cet épisode nous est rapporté dans le Grand Exorde de Cîteaux.

Les débuts sont difficiles : cette vie austère est exemplaire mais attire peu de candidats.
Les frères se désolent de ne pouvoir transmettre leur expérience. Cette traversée du désert est accomplie sous la conduite d’Albéric, deuxième abbé de Cîteaux. Il pose les bases matérielles du développement, en particulier l’institution des convers qui réconcilie deux exigences potentiellement contradictoires de la règle de Saint Benoît : vivre du travail de ses mains, et donc, dans un monde agricole exploiter directement les terres, d’une part, et rester dans l’enceinte du monastère d’autre part.

En 1113, le troisième abbé Étienne Harding a la joie d’accueillir le jeune Bernard de Fontaine, qui arrive avec une trentaine de compagnons pour se former à la vie monastique. Le charisme du jeune homme assure une croissance très rapide : les fondations se multiplient dans toute l’Europe.

L’homme de feu que fut Bernard a propagé la réforme de Cîteaux et lui a donné un rayonnement extraordinaire. Très rapide, cette expansion reste équilibrée parce que les institutions établies par Étienne, exprimées dans la Charte de Charité, posent les fondements d’un Ordre monastique décentralisé, gouverné par le chapitre général des abbés et marqué par l’entraide, l’unité et la charité. 

Fidélités et nouveautés

XIVe-XVIIes.


Après les débuts florissants, vient le temps des épreuves et des longues fidélités. La vie monastique se poursuit, mais elle n’occupe plus le devant de la scène. Si parfois la richesse des monastères en fait des enjeux de pouvoir, si l’installation peut s’accompagner d’un engourdissement spirituel, cette moindre visibilité n’est pas forcément un signe de décadence. Au cours des siècles, à travers les guerres et les changements sociaux, les moines de Cîteaux vivent, prient et travaillent. Ils continuent de gérer de manière exemplaire leurs domaines, forêts, étangs et vignes.

Après le Concile de Trente, un profond renouveau spirituel se manifeste à travers l’Eglise. Dans l’Ordre cistercien, il se manifeste au XVIIe siècle par le mouvement de l’Estroite Observance. Certains abbés œuvrent pour retrouver des pratiques qui avaient été abandonnées : dortoirs plutôt que cellules, abstinence de viande, insistance sur le silence et l’office divin. Ils introduisent aussi de nouvelles pratiques spirituelles (oraison mentale ou même pèlerinages). Ce mouvement suscite des tensions entre les monastères réformés et les autres : c’est la querelle des observances dont les débats parfois houleux se sont tenus dans le définitoire de Cîteaux.

L’abbaye de Cîteaux est alors un enjeu politique et son rôle comme pôle d’unité de l’Ordre est trop important pour qu’elle puisse prendre parti dans ce conflit.

Dans le mouvement de l’Etroite Observance, la figure de l’abbé de Rancé émerge particulièrement : la réforme austère qu’il met en œuvre à la Trappe donne son nom aux trappistes dont les moines de Cîteaux sont aujourd’hui les héritiers.

Railleries et persécutions

XVIIIe-XIXes.


Au XVIIIe siècle, la philosophie des Lumières est hostile aux moines. Les penseurs les tiennent pour socialement inutiles et les classent en deux catégories : les fanatiques et les hypocrites. Les conséquences sont lourdes pour les monastères cisterciens. En Autriche, par exemple, l’empereur Joseph II leur impose de prendre en charge des œuvres pastorales (paroisses, écoles, hôpitaux), ce qui nuit à l’unité de l’Ordre et porte les germes des divisions à venir.

L’abbé de Cîteaux, Dom François Trouvé, est un homme de son temps. Il installe des ateliers dans la grande infirmerie de Cîteaux pour donner du travail aux chômeurs des environs. Il entreprend aussi un grand projet architectural : la destruction d’une partie des bâtiments conventuels et leur reconstruction au goût du jour, en style classique. L’actuel bâtiment d’habitation date de cette époque.

La Révolution interrompt les constructions et chasse les moines, la période est trouble. L’abbaye, vendue comme biens nationaux à des spéculateurs en 1791 est démantelée : transformée en carrière de pierre, puis en usine, en phalanstère, enfin en colonie pénitentiaire pour enfants. Cette dernière œuvre, fondée par le Père Rey nécessite de nombreuses constructions : Cîteaux accueille jusqu’à un millier de jeunes et d’éducateurs.

Suite à la Révolution, l’Ordre cistercien s’écroule : les monastères sont fermés au fur et à mesure de l’avancée des armées françaises en Europe. De nombreux moines restent fidèles à leurs vœux jusqu’à en mourir. Un petit groupe de moines et de moniales issus de monastères qui avaient suivi l’Estroite Observance, en particulier en provenance de l’abbaye de la Trappe, fuient jusqu’en Russie sous la conduite de Dom Augustin de Lestrange.

Après la tourmente révolutionnaire, ils assurent le renouveau de la vie cistercienne trappiste en France. Contre toute attente, le XIXesiècle voit fleurir et prospérer des abbayes ferventes rassemblées en diverses congrégations : l’unité de l’Ordre n’a plus de consistance.

La refondation

XXes.


En 1892, les différents monastères de la mouvance trappiste se rassemblent et donnent naissance à l’Ordre des Cisterciens de la Stricte Observance, auquel se rattache aujourd’hui l’abbaye de Cîteaux.

En 1898, huit siècles après la fondation, des moines en provenance de divers monastères reprennent possession de Cîteaux pour y faire revivre le charisme cistercien. Cette reprise est éprouvante : les bâtiments sont inadaptés, les frères issus de différentes communautés doivent apprendre à faire corps, la pauvreté est grande, pendant la grande guerre, le monastère est transformé en hôpital.

La mise en route commerciale de la fromagerie date de cette époque. L’abbaye connaît un renouveau spirituel marquant sous l’abbatiat de Dom Godefroid Bélorgey (1933-1952) : les vocations affluent, l’économie se stabilise. Les années qui ont suivi le concile ont vu d’importants changements : l’abbé de Cîteaux n’est plus l’abbé général de l’Ordre, l’ancienne distinction entre moines choristes et frères convers disparaît, la liturgie est réformée, on redécouvre la valeur spirituelle toujours actuelle des premiers écrits cisterciens

Abbés généraux et de Cîteaux

Depuis le retour des moines à Cîteaux en 1898 et jusqu’en 1963, l’abbé général de l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance est aussi abbé de Cîteaux. Il nomme un moine, qui prend le titre d’abbé auxiliaire. Ce dernier se chargera des affaires de Cîteaux sur place. La communauté de Cîteaux est ainsi la seule communauté de l’Ordre à ne pas élire son abbé.

Sébastien Wyart
1899-1904

Augustin Marre
1904-1922

Jean-Baptiste Ollitrault de Keryvallan
1922-1929

Herman-Joseph Smets
1929-1943

Dominique Nogues
1943-1951

Gabriel Sortais
1951-1963

Abbés auxiliaires

Robert LESCAND
1899-1923

Fabien DUTTER
1969-1993

Godefroy Belorgey
1932-1952

Jean Chanut
1963-1969

Abbés de Cîteaux

Le Chapitre général de 1962 décide que dorénavant la communauté de Cîteaux élira son abbé, comme toute les autres communautés.

Jean Chanut
1963-1969

Loys Samson
1969-1993

Olivier Quenardel
1993-2021

Pierre-André Burton
2021- présent

Aujourd’hui

XXIes.


En 1998, la célébration du 9e centenaire de la fondation de Cîteaux est marquée par la rénovation de l’église et par un grand rassemblement de moines et de moniales : la grande famille cistercienne heureuse de se découvrir à elle-même au cours d’une « Pentecôte cistercienne ».

Lettre de Jean-Paul II aux membres de la famille cistercienne, à l’occasion du 9e centenaire de la fondation de l’Abbaye de Cîteaux.

En 2019, nous avons fêté les 900 de la charte de charité et d’unanimité.  Rédigée en 1119 par Saint Étienne Harding et ses frères, elle est à l’origine d’un mode de gouvernance très novateur en son temps et toujours d’actualité. 

21 mars 2025 – Une journée marquée par l’Histoire et la foi

Le vendredi 21 mars 2025, une date chargée de sens pour la communauté cistercienne, s’est tenue la cérémonie de pose de la première pierre de la restauration du Définitoire de l’Abbaye de Cîteaux.
Ce jour-là, l’Église célébrait le Transitus de saint Benoît, c’est-à-dire son passage vers la vie éternelle. C’était également l’anniversaire de l’arrivée des fondateurs de Cîteaux en 1098.
Ce double symbole a conféré à l’événement une dimension toute particulière, entre mémoire du passé et espérance pour l’avenir.