Homélie du Dimanche de Pâques

« PÂQUES 2025 »


Que de fois, dans les semaines qui ont précédé Pâques, nous avons chanté ici, au chœur, en pleine nuit : Point de ténèbres sans espoir de lumière, Rien n’est fini pour Dieu ; Vienne l’aurore où l’amour surgit, Chant d’un matin de Pâques ! Toute notre espérance est passée dans ce chant.

Que de fois, dans les semaines qui ont précédé Pâques, nous avons chanté : Point de prodigue sans pardon qui le cherche, Nul n’est trop loin pour Dieu… Point de blessure que sa main ne guérisse, Rien n’est perdu pour Dieu… Nous avons mis toute notre espérance en chantant : Rien n’est perdu pour Dieu, Rien n’est fini pour Dieu, Nul n’est trop loin pour Dieu. Oui, toute notre espérance est passée dans cette hymne, et ce matin nous exultons de joie parce que Dieu nous a répondu non seulement en comblant notre espérance, mais en la dépassant, en la surpassant avec l’évènement de Pâques : Christ est ressuscité, alléluia !
Christ est ressuscité, le Fils renaît, c’est la joie du retour au Père ! Christ est ressuscité, la vie reprend, la flamme jaillit des cendres ! Christ est ressuscité, l’amour surgit, c’est le matin de Pâques ! Oui, l’amour surgit, c’est le chant du jour que fit le Seigneur, jour d’allégresse et jour de joie, alléluia, alléluia !

Vous entendez, frères et sœurs : En ce jour de Pâques, l’amour surgit. C’est ça la résurrection : le surgissement de l’amour, l’énergie toute-puissante de l’amour qui roule la pierre du tombeau et nous fait sortir de nos impasses. Y croyons- nous ? Y croyons-nous vraiment ? A Pâques, l’amour surgit et nous exultons de joie. Mais Pâques, ce n’est pas seulement aujourd’hui. Nous ne sommes pas baptisés seulement pour exulter de joie le jour de Pâques. Si, cette nuit, des milliers d’hommes et de femmes, des milliers d’enfants, de jeunes et d’adultes ont été baptisés, ce n’est pas pour exulter de joie seulement aujourd’hui, c’est pour vivre tous les jours de cette joie qui est le propre des chrétiens et qui leur appartient en propre. Oui, alléluia, car rien n’est fini pour Dieu, rien n’est perdu pour Dieu, nul n’est trop loin pour Dieu. La Vie qui est Jésus ressuscité est plus forte que la mort ; la Lumière qui est Jésus ressuscité est plus forte que les ténèbres ; la Vérité qui est Jésus ressuscité est plus forte que le mensonge ; la Miséricorde qui est Jésus ressuscité est plus forte que la rancœur ; la Paix qui est le Christ ressuscité est plus forte que la guerre, l’Espérance plus forte que le désespoir, la Sainteté plus forte que le péché, l’Amour qui surgit plus fort que tout !

Vous me direz que cela ne va pas de soi ! C’est vrai, vous avez raison. On peut hélas se dire chrétien de manière formelle, sans y croire. Mais alors, on est encore dans le tombeau. Tout est fini, tout est perdu, On n’en sortira jamais. Le Fils ne reviendra jamais vers son Père, la drachme ne sera jamais retrouvée, la brebis ne connaîtra jamais comme c’est bon d’être sur les épaules de Jésus. Mon mari qui me trompe n’en sortira jamais. Mon boss qui m’écrase n’en sortira jamais. La guerre ici et là, avec toutes ses atrocités, on n’en sortira jamais. Le cauchemar de la vie ne finira jamais. Et moi là-dedans, en finirai-je de jalouser mon frère ? Et toi qui te dis mon frère, qui passe ton temps à critiquer les autres, en finiras-tu un jour ? Et nous, chers frères et sœurs, en finirons-nous de nous lamenter sur le malheur des temps, en finirons-nous de nourrir de catastrophes nos intelligences et nos cœurs alors que Jésus ressuscité se tient au milieu de nous comme devant Marie-Madeleine au matin de Pâques, fraîchement drapé de la rosée du Ciel, et il dit à chacun : « Pourquoi pleures-tu ? Rien n’est perdu pour Dieu, rien n’est fini pour Dieu, nul n’est trop loin pour Dieu ! Va dire ceci à tous ceux que tu rencontreras. Ils attendent cette nouvelle, ils attendent que tu en vives. »

Cette bonne nouvelle, chers frères et sœurs, je ne sais pas si on la voit à Cîteaux, je le souhaite bien sûr ! Mais ce que je peux vous dire, c’est que notre communauté l’a vue le 29 mars dernier, en accueillant Roseline Hamel, la sœur du P. Jacques, assassiné à Saint-Étienne du Rouvray le 26 juillet 2016. Elle n’était pas seule. Elle est venue accompagnée d’une amie, et même nous pouvons le dire, d’une grande amie, Nassera Kermiche, la mère du jeune Adel, l’un des deux assassins. Sœurs de douleur, elles sont devenues de grandes amies. Rien qu’à les voir et à les entendre, on comprend ce que veut dire L’amour surgit, et c’est ça la résurrection, le surgissement de l’amour jusque dans nos drames les plus horribles et les plus intimes. L’amour de Dieu fait tout renaître !
C’est bien la preuve que rien n’est fini pour Dieu, et que rien n’est fini non plus pour nous, même avec un frère assassiné, même avec un fils devenu assassin, même avec un mari infidèle, même avec un boss qui fait passer la marche des affaires avant le bien des personnes… Rien n’est perdu pour Dieu, rien non plus n’est perdu pour nous. Assassin ou assassiné, fidèle ou infidèle, grand pécheur ou grand saint, nul n’est trop loin pour Dieu. Que nul non plus ne soit trop loin pour nous. De la pire des guerres, de toutes les formes de violence, de toutes les situations intenables et apparemment sans issue, Jésus ressuscité peut et veut nous faire sortir. Le croyons-nous ? Vraiment ? Alors… ne sortons pas de cette église sans vouloir être des apôtres convaincus et convaincants de la Résurrection !